Vendredi 22 octobre 2010
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FIN DE CONCESSION, Un film de Pierre Carles (2010).
1987. TF1, la première chaîne française est privatisée à l’initiative du premier ministre Jacques Chirac. Après un appel à
candidature, La concession est attribuée au groupe Bouygues lors d’une audition devant le CNCL (commission nationale de la communication et des libertés), durant lequel divers
partenaires du groupe Bouygues, parmi lesquels sont présents Patrick Le Lay ou Bernard Tapie, exposent leur cahier des charges et leurs intentions pour redresser la chaîne,
respectant scrupuleusement la charte « du mieux-disant culturel » prônée par le ministre de la culture François Léotard. 23 ans après, qu’en est-il de ces promesses non tenues ?
Comment et pourquoi le renouvellement de cette concession prévue initialement pour dix ans, se fait de manière automatique avec satisfecit annuel du CSA sans qu’aucune chaîne de télévision
n’enquête à ce sujet ?
Après pas vu pas pris (1998), et enfin pris ? (2002), Fin de concession clôt la trilogie de critique des médias
de Pierre Carles et dénonce aujourd’hui ce scandale. Il cherche dans ce film à comprendre les raisons pour lesquelles aucune chaîne de télévision ne dénonce cette affaire et à savoir d’où vient
la frilosité des journalistes à en parler ? Il met en évidence les mensonges qui ont permis à un grand groupe industriel de prendre la tête d’une puissance médiatique et d’asseoir ainsi
une connivence entre le pouvoir politique (Nicolas Sarkozy était à l’époque avocat d’affaire de Martin Bouygues) et la première chaîne française.
Le spectateur se trouve face une profusion de documents d’archives éloquents, notamment celui d’une séance de « training » menée par
Bernard Tapie pour préparer ses troupes à l’audition devant le CNCL, défendant les valeurs de la création audiovisuelle française, et encourageant vivement la diffusion d’événements sportifs
habituellement délaissés comme la pelote basque ou la course d’aviron ! L’on rit de voir ce que ces « souhaits » sont devenus, et l’on rêve comme le réalisateur de mettre les
protagonistes de l’affaire face à leurs mensonges.
C’est ici que se pose le plus gros problème, Pierre Carles se heurte à un mur, personne ne souhaite parler. Est-il victime de sa réputation
d’agitateur et de flingueur des médias, ou bien de l’autocensure de ses interlocuteurs ? Toujours est-il que les interventions et entretiens recueillis pour ce film ne sont obtenus en
majeure partie que par le biais d’astuces et des subterfuges : fausses identités (Carlos Pedro), grimage, détournement du sujet de l’entretien, prête-nom…
Le film se transforme petit à petit en long chemin de croix pour le réalisateur et son équipe. Commence alors le calvaire de
Pierre Carles, commençant à perdre sa foi et son « fighting-spirit ». Le mordant et l’ironie font peut à peu place à une remise en question et au compréhensible découragement de
l’auteur, désespérément pendu au téléphone pour essayer de décrocher un rendez-vous avec Jacques Chancel ou Bernard Tapie. L’on atteint le comble du malaise quand, après avoir trompé Etienne
Mougeotte (ancien numéro 2 de TF1), gravement malade et presque inaudible, en lui faisant croire qu’il allait être interviewé par une télévision étrangère sur un sujet anodin, Pierre Carles –
Pardon, Carlos Pedro – tombe le masque et engage le combat cherchant à « humilier » et à faire céder son adversaire.
La légitimité de ce film ne fait pas l’ombre d’un doute, comme d’ailleurs celle de tous les films de Pierre Carles. La forme, elle, est bien plus
ambigüe voire parfois gênante. La mise en scène délibérément amateur (perche dans le champ, cadrage approximatif, images prises à la dérobée) pose l’épineuse question de la manipulation par
l’image qu’il dénonce pourtant. Certaines séquences paraissent même rocambolesques : Lors d’un houleux entretien avec Charles Villeneuve, le portable de ce dernier retentit et la sonnerie
n’est autre que celle du film Le Parrain.
Le trait est volontairement grossi, et Pierre Carles semble se venger de ceux qui l’ont mis à la porte quelques années auparavant. L’enquête
tourne en un règlement de compte personnel. Si l’intention est bien présente et fort louable, l’on ressent durant la projection l’envie du réalisateur d’être soutenu et épaulé par un
public déjà acquis à sa cause, en montrant qu’il est difficile de mener une investigation contre l’empire médiatique et politique. A l’image de Michael Moore, il se met en
scène en chevalier blanc, mettant de manière fallacieuse les protagonistes du scandale dos au mur, face à leurs mensonges et à la méprise du peuple. Le peuple justement, rit en voyant David
Pujadas se faire repeindre d’or son scooter, mais n’obtient toujours pas la vérité de la bouche du pouvoir assis au banc des accusés.
Mr Wem
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